Activités du Plan Bleu
2006-2007 : Le Plan Bleu a pour mandat d’effectuer le suivi de la Stratégie Méditerranéenne de Développement Durable (SMDD) et d’approfondir en 2006-2007 le domaine prioritaire « Gestion intégrée des ressources et demandes en eau ». Pour cela, il a mobilisé ses partenaires régionaux et élaboré un programme d'activités. En savoir plus...
Le thème de l'eau a fait l’objet en 2005 d’une analyse approfondie dans le nouveau rapport du Plan Bleu : "Méditerranée, les perspectives du Plan Bleu sur l'environnement et le développement".
L’eau est une problématique prioritaire de développement durable en Méditerranée que le Plan Bleu, en sa qualité de Centre de Prospective et d’Observatoire Méditerranéen de l’Environnement et du Développement au sein du PNUE/Plan d’Action pour la Méditerranée (PAM), a pris en compte depuis sa création. En savoir plus...
Constat : 108 millions de “pauvres en eau”
En Méditerranée l’eau est une ressource rare, fragile et
inégalement répartie. Les demandes en eau sont en augmentation,
et l’agriculture est le premier secteur
consommateur d’eau. Il absorbe 65 % de la demande
totale dans le bassin méditerranéen (48 % au Nord et
environ 80 % au Sud et à l’Est). Dans de nombreux
pays méditerranéens, les prélèvements en eau approchent
le niveau limite des ressources disponibles. Des
pénuries d’eau, conjoncturelles ou structurelles sont
constatées. En 2000 la population pauvre en eau, c’est-à-dire celle des pays qui disposent de moins de 1000 m3
par habitant par an, s’élève à 108 millions. La population
en situation de pénurie d’eau, en d’autres termes
dotée de moins de 500 m3/hab/an, s’élève à 45 millions.
Les approvisionnements en eau sont fragilisés dans plusieurs
pays méditerranéens d’une part par la surexploitation
d’une partie des eaux souterraines renouvelables
(générant des intrusions salines qui rendent l’eau inutilisable)
; et d’autre part du fait de l’exploitation de ressources
non renouvelables (dont les eaux fossiles).
Ainsi aux tensions sur les ressources naturelles en
eau viennent s’ajouter des dégradations et pollutions
d’origine humaine qui en modifient le régime ou la
qualité, ce qui limite encore les possibilités d’usage.
Il en résulte un accroissement :
• de la vulnérabilité des approvisionnements du fait
de la hausse des coûts (car il faut traiter l’eau).
• des risques pour la santé (la qualité des eaux distribuées
est une préoccupation croissante).
• des conflits d’usage (entre utilisateurs, grands secteurs,
régions ou pays).
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LE CHIFFRE
24 %
On estime que
les pertes d’eau
qu’une meilleure
gestion permettrait de
récupérer dans le
bassin méditerranéen
représentent, en 2000,
24 % de la demande
(estimée à 190 km3).
LE GRAPHE
Les indices d’exploitation de la ressource en eau

en 2000

en 2025
EXEMPLE DE BONNES PRATIQUES : la Tunisie a stabilisé ou sécurisé la demande en eau
La Tunisie s’est engagée précocement
dans une stratégie nationale d’économie
d’eau tant pour les besoins urbains qu’agricoles.
Elle prolongeait ainsi une
tradition culturelle “oasienne” de gestion
patrimoniale et économie de l’eau,
ressource rare. Grâce à cette politique,
la demande en eau d’irrigation est stabilisée
depuis plus de six années, ceci,
malgré l’importance du développement
de son secteur agricole, l’amplitude des besoins saisonniers de pointe et les circonstances
climatiques défavorables
(sécheresses). Les besoins du secteur
touristique, source de devises, et des
villes, source de paix sociale, ont été
sécurisés.
Les principes fondateurs de la stratégie
tunisienne sont :
• Passage de mesures techniques
isolées à une approche intégrée ;
• Démarche participative et responsabilisante
des usagers (960 associations
d’usagers de l’eau créées sur 60 % de
la surface irriguée publique) ;
• Progressivité des différentes réformes
et adaptation aux contextes locaux ;
• Initiation de systèmes d’incitations
financières pour la promotion d’équipements
et de technologies économes en
eau (subvention de 60 % à l’achat d’équipement)
;
• Soutien du revenu des agriculteurs
permettant l’anticipation et sécurisant
l’investissement et le travail agricoles;
• Système de tarification alliant transparence
et souplesse, articulé avec les
objectifs nationaux de sécurité alimentaire,
qui a permis un rattrapage progressif
du recouvrement des coûts.
Source : Plan Bleu, M. Hamdane,
Fiuggi, 2002.
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| Futur annoncé : un épuisement
des ressources en eau
Les pressions sur les ressources en eau s’accroîtront
encore de façon sensible au Sud et à l’Est et 63 millions
de Méditerranéens disposeront de moins de 500
m3/hab/an (seuil considéré de “pénurie”) à l’horizon
2025. Du fait de la croissance de la demande d’eau
agricole et urbaine et de la rareté des ressources, un
pays méditerranéen sur trois prélèvera plus de 50 %
du volume annuel de ses ressources naturelles renouvelables.
La part des approvisionnements en eau non
durables, provenant de sources fossiles ou de surexploitations,
s’accroîtra (jusqu’à 30 % à Malte ou en
Libye). C’est surtout dans les pays les moins pourvus,
que les croissances de la demande seront les
plus fortes, ces pays étant alors les plus touchés par
des pénuries structurelles. On constatera dans ces
conditions un épuisement rapide de certaines ressources
fossiles et une poursuite de la destruction
d’aquifères côtiers par intrusion d’eau de mer. De
plus l’envasement des retenues de nombreux barrages
leur confère une durée de vie limitée (par exemple,
les réservoirs d’Algérie ont déjà perdu un quart de
leurs capacités initiales) et les sites pour construire de
nouveaux barrages s’épuisent. La qualité des eaux et
des systèmes aquatiques, dont leur biodiversité sera
aussi affectée par la croissance des rejets industriels
et urbains et par la réduction des écoulements
résultant
de l’augmentation des prélèvements. La poursuite
de la régression des zones humides est probable.
Ces perspectives exacerbent les facteurs d’accroissement
de la vulnérabilité en eau (coûts, santé, conflit).
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Alternatives :
Agir sur la demande
en eau et pas
uniquement
sur
l’offre
Les constats et la prospective montrent que l’accroissement
de l’offre, qui a constitué la réponse traditionnelle
des politiques de l’eau en Méditerranée, atteint
aujourd’hui ses limites.
Face à cette situation, un vaste champ de progrès
concerne la gestion de la demande en eau. Elle consiste
à réduire les pertes et les mauvaises utilisations
(fuites, gaspillages) et à améliorer l’efficience de l’utilisation
de la ressource. Au total dans un scénario
alternatif qui privilégie la gestion de la demande, près
de 54 km3, soit 24 % de la demande totale en 2025
(estimée à 210 km3
), pourraient être économisés. Ainsi
la demande en eau à l’échelle du bassin pourrait, au
minimum, être stabilisée à son niveau de 2000.
Le secteur de l’agriculture irriguée représente le plus
gros potentiel d’économies en volume, avec près de
65 % du potentiel total d’économies d’eau identifié en
Méditerranée (modernisation des équipements,
organisation
et fonctionnement des périmètres irrigués, etc.).
L’approvisionnement en eau potable urbaine représente
environ 15 % du potentiel d’économies (fuites dépassant
50 % dans certaines villes). L’approvisionnement
industriel, avec la diffusion des technologies propres,
constitue également une piste d’économie.
Ces objectifs, comparés aux approches classiques par
l’offre, sont “gagnants-gagnants” : ils limitent à la fois
les impacts environnementaux, les risques de conflits,
le coût d’accès à l’eau et dégagent un potentiel de
croissance économique et de stabilité pour la région.
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